Il y a quelques jours, je suis tombé sur un petit objet éditorial – tiré à 400 exemplaires – qui regroupe 55 poèmes écrits et typographiés par Alexandre Martins.

Alexandre Martins, Un tout petit recueil de tout petits poèmes

Alexandre Martins, Un tout petit recueil de tout petits poèmes

Les textes sont composés en POW Covenant (dessiné par la fonderie Proof Of Words), dans un petit format proche du A6 – le tout glissé dans une pochette qui, comme l’indique le colophon, « rend plutôt bien ».

Alexandre Martins, Un tout petit recueil de tout petits poèmes

L’ensemble de la composition typographique semble avoir été pensée en un seul bloc, jouant ainsi des spécificités des caractères monospace – qui permettent d’organiser les éléments tant horizontalement que verticalement – pour créer des rencontres heureuses entre des termes qui, bien qu’éloignés à l’échelle de la phrase, se retrouvent comme par magie connectés au travers d’un subtil alignement visuel.

Alexandre Martins, Un tout petit recueil de tout petits poèmes

En déambulant dans la librairie, le hasard (ou le destin ?) m’a amené jusqu’au dernier ouvrage de Camille Pageard publié par les éditions Même pas l'hiver, et intitulé La Durée de la parole. Déjà, le jeu typographique de la couverture – dont la direction est assurée par Olivier Lebrun – trouve un écho visuel assez direct aux compositions typographiques des poèmes de Alexandre Martins. Le sujet du livre permet d’en prolonger l’étude théorique ; dans cet ouvrage, Camille Pageard s’intéresse aux mots du poète David Antin, et plus exactement aux espaces typographiques avec lesquels il jouait pour retranscrire ses « talks poems ». Les tensions créées par les espaces blancs miment le rythme de la parole, et questionnent cette tension – maintes fois explorée et questionnée – entre l’oralité et sa trace écrite.

Camille Pageard, La Durée de la parole
Couverture de l’ouvrage de Camille Pageard « La Durée de la parole », publié chez Même pas l’hiver

Assez intuitivement, me reviens en mémoire les propositions de Herbert Bayer dans son texte intitulé « on typography » publié en 1967, dans lequel il développe plusieurs concepts de composition. L’un d’eux, le « square span », propose une disposition du texte en grille, permettant de sortir de la linéarité horizontale de la lecture et de détacher les unités sémantiques par le blanc tournant résultant de la composition. Voici l’exemple qu’il donne dans son texte :

after a
short time
you will
begin
thinking

in easily
understood
group of
words
you will
automatically
stop
confusing
your
sentences
with
complicated
phrases
and
unnecessary
words

J’aime beaucoup ce jeu d’alignement qui, sans créer de rupture dans la lecture de la phrase, vient lui donner un rythme et un sens nouveau. Un peu à la manière d’un trou de ver en physique, qui permet un voyage instantané entre deux points éloignés de l’espace, ces compositions permettent un déplacement et une déambulation fluides entre plusieurs points d’une même phrase.

Diagramme d’un trou de ver